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mars 2010

Raconte-moi la Route de la Soie - Russie -

La princesse grenouille par Lubomir




Nous avions rencontré Lubomir à Samarcande, et il nous a invité chez lui à Saint Petersbourg, sur notre chemin de retour. Depuis, il s’est marié avec Olga.

La Princesse-grenouille

Il était une fois un tsar qui avait trois fils. Lorsque les fils eurent atteint l’âge de se marier, le tsar les fit venir pour leur annoncer :

- Mes chers fils, tant que je ne suis pas encore vieux, je voudrais vous marier afin de voir grandir vos enfants, mes petits-enfants.

Les fils répondirent :

- Eh bien, cher père, donne-nous ta bénédiction. Qui veux-tu que nous épousions ?

- Mes chères fils, prenez chacun une flèche, allez dans la vaste plaine et tirez : là ou elle tombera, votre destin vous attendra.

Les trois fils saluèrent leur père, prirent chacun une flèche. Ils se rendirent dans la vaste plaine, tendirent leurs arcs et tirèrent. Celle du fils aîné tomba dans la cour d’un boyard, et ce fut sa fille qui la ramassa. Celle du frère moyen tomba dans la cour d’un marchand et ce fut sa fille qui la trouva. Quand à la flèche du plus jeune des fils, celle d’Ivan-le-Tsarévicht, elle partit et s’envola si loin qu’il ne vit même pas où elle tomba. Il alla la chercher, il marcha, marcha, arriva enfin près d’un étang et que vit-il ? Une grenouille tenant sa flèche. Ivan-le-Tsarévich lui dit :

- Grenouille, grenouille, rends-moi ma flèche.

Et la grenouille de lui répondre :

- Alors prends-moi pour une femme !

- Comment puis-je prendre une grenouille pour femme ?

- Fait-le tout de même puisque c’est ton destin.

Ivan fut très chagriné. Mais rien à faire : il prit la grenouille et l’emporta à la maison. Le tsar célébra les trois mariages : le fils aîné fut marié à la fille du boyard, le moyen à celle du marchand et le pauvre Ivan-le-Tsarévich à la grenouille verte.

Un jour le tsar appela ses fils:

- Je voudrais voir laquelle de vos femme est la plus habille. Que chacune d’entre elle me fasse une chemise pour demain.

Les fils saluèrent leur père et rentrèrent chez eux. Ivan-le-Tsarévich renra chez lui tout triste, la tête baissée. Sautillant sur le plancher devant lui, la grenouille lui demanda :

- Pourquoi, Ivan-le-Tsarévich as-tu baissé la tête ? Serais-tu chagriné ?

- Mon père ordonne que tu lui fasses une chemise pour demain.

La grenouille lui répond alors :

- N’aie pas peur, Ivan-le-Tsarévich, couche toi, la nuit porte conseille.

Ivan-le-Tsarévich se coucha donc, tandis que la grenouille, elle, sauta sur le perron, rejeta sa peau de grenouille et se transforma en Vanilissa-la-Sage, la plus belle qui se puisse imaginer et même être contée. Vanilissa-la-Sage frappa dans ses mains et s’écria :

- Mes nourisses, venez ici et écoutez moi bien ! Faites-moi pendant cette nuit une chemise, aussi belle que celle de mon père.

Ivan-le-Tsarévich se réveilla le matin, la grenouille sautillait comme la veille devant lui sur le plancher, mais la chemise était déjà là, étalée sur la table comme une serviette. Tout joyeux, Ivan-le-Tsarévich, prit la chemise et la porta à son père. A ce moment, celui-ci recevait les cadeaux des ses fils ainés. Le fils ainé déplia sa chemise, le tsar la prit et dit :

- Cette chemise n’est bonne que pour une maison enfumée.

Le fils moyen déplia la sienne et le tsar dit :

- Celle-là n’est bonne que pour aller au bain.

Puis arriva le tour d’ Ivan-le-Tsarévitch de déplier sa chemise, toute brodée d’or et d’argent, ornée de motifs multicolores. A peine le tsar la vit-il qu’il s’écria :

- Enfin voilà une chemise à mettre les jours de fête.

Les deux frères ainés entrèrent chez eux en discutant :

- Certes nous avons eu tort de nous moquer de la femme d’ Ivan-le-Tsarévitch : ce n’est pas une grenouille, c’est une véritable magicienne.

Le tsar appela de nouveau ses fils :

- Je veux que vos épouses me cuisent un pain pour demain. Je vais voir laquelle d’entre elles est la meilleure cuisinière.

Tout triste, Ivan-le-Tsarévich rentra chez lui , la tête baissée. La grenouille lui demanda :

- Pourquoi es-tu triste ?

Il lui répondit :

- Mon père veut que tu lui cuises un pain pour demain.

- Ne te chagrine pas, Ivan-le-Tsarévich, couche-toi, la nuit porte conseil.

Quant aux épouses des deux frères ainés, non seulement, elles se gardèrent cette fois de se moquer de la grenouille, mais envoyèrent une vieille femme pour épier la cuisson du pain. Mais la grenouille était rusée et elle devina bien l’intrigue. Elle pétrit la pâte à pain, puis fit un grand trou dans le four et d’un seul coup y versa toute la pâte. La vieille femme revint en courant, raconta tout ce qu’elle avait vu et l’on fît de même. Entre temps, la grenouille, elle, sauta sur le perron, se transforma en Vassilissa – la Sage, et frappa dans ses mains :

- Mes nourrices, venez ici et écoutez moi bien ! Cuisez moi pour demain matin du bon pain blanc, aussi bon que celui de mon père.

Ivan-le-Tsarévich se réveilla le lendemain matin. Sur la table, devant lui, le pain était déjà prêt. Il était magnifiquement décoré : sur les côtés, des entrelacs, sur le haut des villes avec leurs remparts. Ivan-le-Tsarévich, tout heureux, enveloppa le pain dans une serviette et le porta à son père. A ce moment là, le tsar recevait le pain des mains des deux frères ainés. Leurs épouses avaient versé la pâte dans le four, tout comme le leur avait dit la vieille femme, et leurs pains avaient complètement brûlé. Le tsar prit le pain du fils ainé, regarda et l’envoya à ses serviteurs. Puis il prit celui du second fils, le regarda et l’envoya au même endroit. Mais dès qu’ Ivan-le-Tsarévich lui présenta le sien, le tsar dit :

- Voici enfin un bon pain, comme on en mange les jours de fête.

Et il invita cette fois les trois frères avec leurs épouses au festin qu’il voulait donner le lendemain.