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mars 2010

Italie - Raconte-moi la Route de la Soie -

Il millione, partie 2, par Franco

Prologue du Million

Chance veut que, Marco se retrouve dans le même cellule qu’un certain Rustichello ou Rusticiano de Pise, nouvelliste et écrivain de langue française. Et, c’est à lui que Marco Polo commence à dicter ses mémoires, qui deviendront le livre le plus célèbre du Moyen-Âge, le livre qui vendra le plus grand nombre de copies, après la Bible. Il sera connu sous le nom de « le Million ».
Le titre ne dérive pas du fait que dans le texte les gens et les choses sont souvent énumérées par millions, mais il dérive du surnom de Marco, Marco Polo dit Emilione.

Chose curieuse : la première version du livre de Marco Polo est en français car Rustichello n’écrit pas en langue vulgaire – en italien – comme nous le disons aujourd’hui.  Presque tout de suite, du français,le livre est traduit en latin. Christophe Colomb jettera un coup d’œil sur une copie en latin. Mais les spécialistes nous disent que des millions de copies existent. En effet, chacun en faisait faire une traduction selon ses exigences, le marchand, le professeur, le clerc…Et ainsi, cette multiplication des copies différentes les unes des autres nous donne une idée de l’immense succès de Marco Polo.


Rustichello:
« Messires, empereur, roi et chefs et tout autre gens qui voulez connaitre les différentes générations et la diversité des régions du monde, lisez ce livre où vous trouverez toutes les grandes merveilles et grandes diversités des gens d’Erminia, de la Perse et de Tartarie, de l’Inde et de beaucoup d’autres provinces. Et, celui qui vous contera ce livre, c’est Marco Polo, citoyen sage et noble de Venise. Il racontera ce qu’il a lui-même vécu. Et il vous rapportera aussi de ces récits, que lui-même n’a pas vécu, mais qu’il a écouté de gens dignes de foi. Les choses qu’il a vu, il vous dira les avoir vu, et les autres, il les tiendra pour entendues, ceci afin que notre livre soit véridique et sans aucun mensonge ».


Rustichello dit vrai. Marco Polo est un témoin honnête, pas un écrivain de romans. Il aurait pu en rajouter sur ce qu’il avait vu en Asie, qui aurait pu démentir? Mais il ne cède pas au goût du merveilleux et il est très précis. On pourrait l’utiliser comme un guide, la Guide Bleu du siècle, un livre pratique dans lequel sont indiquées consciencieusement les journées de marche d’une ville à l’autre. Un livre qui reporte beaucoup d’informations utiles.  Ils ne manquent que les restaurants et les étoiles aux hôtels, tout le reste y est.

De temps en temps cependant Rustichello de Pise, en temps que véritable écrivain, prend la plume…


Rustichello:
« Mais je veux que vous sachiez que depuis que Dieu fit Adam, notre premier père, jusqu’au jour d’aujourd’hui, ni chrétien ni païen, ni aucun homme, ne vit ni ne put conter autant de merveilles du monde comme le fait Messire Marco Polo. »


Franchement, ceci n’est pas vrai. Il n’y a pas que Marco Polo qui soit allé en Chine. Et,il ne fut pas le premier. Quoique aventureux et long, au moyen âge, le voyage le long de la Route de la Soie avait été fait par des centaines de marchands. Avant tout, les Génois, trop nombreux pour tous les nommer. Un certain Andalò de Savignone avait parcouru de nombreuses fois les routes de l’orient. Mais il n’avait pas écrit ses mémoires, il n’avait pas laissé de traces significatives comme Marco. Les marchands ne se risquaient guère de divulguer ce qu’ils faisaient ! À cause du Fisc ! Peut-être Marco Polo, aurait été imposé, s’il n’avait pas été fait prisonnier !

Et, encore aujourd’hui à Savignone, on a l’habitude de dire : « Tu sei un andalò », pour dire tu es un type étrange, aventurier, un tzigane. Personne ne se rappelle plus de qui fût cet Andalò de Savignone, mais l’expression est restée, après 700 ans !

Et voilà le premier paradoxe : la grande notoriété du Vénitien et de son œuvre est principalement due au fait d’avoir été emprisonné.