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mars 2010

Iran - Raconte-moi la Route de la Soie -

Le ramasseur d’épineux par Fatimeh

Nous nous trouvons a Saveh, petite ville au sud de Téhéran réputée pour se délicieuses grenades. Lorsque nous parlons de notre projet contes a Kayvan, notre hôte, il nous propose
de rencontrer sa grand mère qui a bercé de ses contes, toute son enfance. Nous nous rendons
chez Dawoud et Fatimeh qui ont respectivement 75 et 79 ans…

Selon le calendrier perse, Dawoud est né en 1307 et Fatimeh en 1297. Fatimeh a passé sa vie
à éduquer ses 6 enfants tandis que Dawoud était jardinier. Pour nous accueillir, Fatimeh revêt son tchador d’intérieur (long drap dont les femmes se couvrent en présence d’hommes n’appartenant pas a leur famille). Après nous avoir offert pastèque et fruits secs comme il est de coutume en Iran, Fatimeh, petit bout de femme courbée par le poids des années, nous demande si elle peut commencer… nous nous taisons attentifs aux intonations de sa voix captivante. Des intonations
qui en disent beaucoup sur le contenu de son récit pourtant raconté en langue perse.

Le ramasseur d’épineux

Il était une fois, aux abords d’un désert, un ramasseur d’épineux. Tous les matins, il se levait très tôt et partait très loin dans le désert cherchait du bois. Il le revendait ensuite aux boulangeries qui en avait toujours besoin pour alimenter leur four. Mais un matin, il en eut assez. Il resta coucher et se dit « Je travaille dur tous les jours et je ne gagne pas beaucoup d’argent. Puisqu’Allah est si généreux envers les pauvres, désormais je vais rester coucher et attendre un don du ciel ».

Il resta ainsi plusieurs jours, à attendre, attendre mais rien, aucun signe d’Allah. Sa femme était très inquiète. Ils n’avaient plus rien à manger. Et toujours rien, aucun signe du ciel. Rien….

Après plusieurs jours, le ramasseur d’épineux retourna donc à son travail, résigné. Mais toute la journée, il n’arrêtait pas de penser au silence d’Allah. Pour la première fois, il doutait dans sa foi. Il se demandait pourquoi Allah n’avait fait part d’aucune générosité à son égard.

Un matin, tandis qu’il ramassait ses fagots dans le désert, un couple s’approcha de lui et l’interrogea sur son absence
ces jours derniers. Puis il lui demanda de garder ses chevaux.
En échange de ce service, l’homme lui remit une poignée
de sable dans la main.

Notre ramasseur trouve cette récompense étrange
et injuste. Il jeta le sable au sol, en colère face à l’ingratitude
de ces gens… qui de plus le mettait en retard pour vendre
son bois. Mais soudain, il réalisa que le couple à qui il venait
de parler n’était autre qu’Ali et Fatimah, le gendre et la fille
du prophète Mahomet. Il se mit à pleurer regrettant
de ne pas avoir reconnu ces envoyés d’Allah.

Un ange apparut alors et rassura le vieil homme :
« Ne t’inquiètes pas, lui dit il, je vais t’aider à mon tour mais en échange tu devras apporter chaque semaine des noix aux pauvres gens ».

Le ramasseur d’épineux rentra  en ville après avoir ramassé comme il pouvait le sable jeté au sol. Il le mît dans sa poche. Lorsqu’il franchit le seuil de sa maison, il sentit, dans sa poche,
que le sable était mélangé avec des épines. Voyant en cela un rappel de l’ange, il repartit aussitôt
en ville pour donner des noix aux pauvres. Puis il fit le tour des boulangeries pour vendre son bois mais il était bien tard et toutes les boulangeries étaient fermées. Il rentra chez lui sans un sou,
sa femme n’avait rien pu lui préparer à manger, sans argent depuis si longtemps.

Juste avant d aller se coucher, il s ‘aperçut que sa veste est de plus en plus lourde.
Il regarda  sa poche, le sable était en train de grossir et finalement, il se transforma en une magnifique et lumineuse pierre.

Le lendemain matin, il se rendit au bazar, bien décidé à faire fortune en vendant sa pierre. Beaucoup de personnes étaient émerveillées devant une telle splendeur.
Les acheteurs se précipitaient. Les enchères montaient… mais notre ramasseur n’était pas pressé.
De toute part, les propositions fusaient. Mais il attendit, un jour, deux jours, une semaine,
des semaines… les prix augmentaient… et pendant ce temps, jamais notre homme n’oubliait d’apporter des noix aux pauvres de la ville.

Il attendait toujours et finalement, un beau jour, un prince lui proposa une somme d’argent tellement importante qu’il deviendrait l’homme le plus riche de la ville. La pierre fut vendue…
L’homme devint riche. Il se construisit une belle maison et mena la belle vie. Mais, il n’oubliait jamais les noix se souvenant qu’il devait sa fortune à Allah et à ses envoyés.