logo 21 22 23 route de la soie

mars 2010

France - Raconte-moi la Route de la Soie -

Les deux rêveurs, par Yocoe

Adapté de Gougaud – L’ARBRE AUX TRESORS – éd: Seuil ; Dessins – Delphine Giraud

Il y avait un homme qui habitait dans un petit village, en Perse, non loin de la grande ville d’Ispahan ; ville magnifique et renommée, appelée la moitié du monde. Mais vous savez comme moi, que la gloire, côtoie souvent la misère, sans même la remarquer. Cet homme était misérable ; il habitait une petite maison basse, couleur de terre, sur la façade, un cadran solaire à demi-effacé; devant la maison, un champ de cailloux. Et tout au bout du champ, sa richesse, une source, et un figuier. Année après année, l’homme travaillait son champ de cailloux, et en tirait péniblement quelque subsistance qui lui permettait à peine de ne pas mourir de faim.

Chaque jour, lorsque le cadran solaire indiquait midi, l’homme allait faire une petite sieste, sous son figuier. Et voilà que ce jour-là, il fait un rêve.

Chant/guitare : J’aimerais partir loin très loin, j’aimerais partir loin si loin, j’aimerais, partir, si loin… Je voudrais partir de cette vie et partir loin d’ici, partir sur les chemins, et partir dès demain. Partir pour oublier ma vie, et pour trouver mon cœur, peut-être, le bonheur…

L’homme se voit marchant dans les rues d’une ville magnifique ; au loin, dans le ciel bleu, se découpent, des minarets, des coupoles, des palais couleur d’or. Autour de lui, une foule compacte, des visages souriants, des odeurs d’épices et de parfum de toutes sortes Des boutiques étalent leurs marchandises : des casseroles de cuivre, des tissus multicolore, des écharpes de soie, des sandales de cuir, des tapis chatoyants, et que sais-je encore. L’homme en est, tout étourdi. Et voilà, qu’au bout de la rue, la foule se fait plus clairsemée… il aperçoit un pont que traverse un fleuve. L’homme s’avance vers le pont pour contempler l’eau qui s’écoule.

Au pied de la première borne, il s’arrête brusquement. Un coffre, est là, ouvert, rempli de pièces d’or et de pierres précieuses ; il entend une voix qui lui dit :  » Tu es ici dans la grande ville du Caire, et ce trésor est pour toi. « . Et l’homme se réveille. Nous savons, vous et moi, que les richesses les plus précieuses, ne sont pas toujours matérielles, mais pour cet homme-là, un tel trésor, c’était la vie. L’homme s’écrie : « Allah est grand ! «  Il se précipite chez lui, rassemble rapidement quelques affaires, fait son baluchon, et il quitte son village, vers la grande ville d’Ispahan. Il ne s’y attarde pas, et continue sa route, vers le Caire. Ces contrées, jamais il ne les a traversées, à peine en a-t-il entendu parler.


illustration du conte "Les deux rêveurs"

Les deux rêveurs

Le voyage est périlleux et difficile, mais repassant dans son esprit les images de son rêve, il oublie les dangers, et la fatigue. Lorsqu’il arrive dans la ville du Caire, il trouve exactement ce qu’il avait vu dans son rêve : les mêmes minarets et coupoles dans le lointain, les même palais d’or, les mêmes visages, les mêmes parfums, les mêmes boutiques. Et au bout de la rue, le même pont de pierre, qui traverse le même fleuve. Il se précipite vers la première borne du pont. Et là….un mendiant lui tend la main. Ahhhh l’homme se prend la tête en gémissant. Désespéré, ayant laissé ses maigres économies dans son voyage, n’entrevoit plus qu’une solution. Il enjambe le parapet, et se prépare à sauter dans l’eau du fleuve. À ce moment-là, le mendiant le retient par la manche et le ramène sur le pont : « Eh ! pourquoi veux-tu mourir ?  » Alors notre homme lui raconte, sa pauvre vie de paysan, son rêve, et son voyage… Le mendiant se met à rire aux éclats, et se moque bruyamment de lui !

« Ah mais ça alors ! Tu es un idiot parfait ! Moi, qui n’ai rien que mes mains pour mendier, je suis plus sage que toi ! Depuis des années, moi aussi je fais un rêve. Je rêve que je me trouve dans un village, non loin de la grande ville d’Ispahan. Là, il y a une maison basse couleur de terre ; sur la façade de la maison, il y a un cadran solaire à demi-effacé ; devant la maison, un champ de cailloux, et tout au bout du champ, une source, et un figuier. Et puis, je me vois en train de creuser un trou au pied du figuier ; au fond du trou, je trouve un coffre rempli de pièces d’or et de pierres précieuses… mais crois-tu que je vais laisser mon pont de pierre, et ma vie de mendiant, pour aller courir vers ce mirage ? Non, je reste au pied de ma borne, et je regarde le fleuve couler… je ne suis pas aussi fou que toi ! Là où Dieu t’a placé, tu aurais dû rester ! »

Le visage illuminé, le paysan saute sur ses pieds, embrasse le mendiant qui n’y comprend rien, et courant et gambadant, il retourne vers son village… Arrivé chez lui, il empoigne une pioche, se dirige vers le figuier, et creuse, là, un trou. Au fond du trou…. un coffre, et dans le coffre, des pièces d’or et des pierres précieuses. L’homme se jette la face contre terre, et murmure : « Allah est grand, et je suis son enfant ! «  Ainsi finit, notre conte.

Cette histoire nous fait réfléchir ! Cet homme avait tout ce qu’il fallait chez lui, et il ne le savait pas. Alors devait-il rester chez lui ? Mais pour trouver son trésor, il a fallu qu’il aille loin, très loin ! Il est allé frotter sa vie, à d’autres vies, confronter son cœur, à d’autres cœurs, et c’est alors qu’il a pu trouver son trésor.

Ne vous étonnez pas si au retour de Chine, nos quatre amis se précipitent au fond de leur jardin pour creuser un trou au pied d’un mélèze, ou d’un noyer… Vous saurez alors que là-bas, ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient… ici.