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mars 2010

Chine - Taklamakan - Raconte-moi la Route de la Soie -

Le bouvier et la tisserande par Yang Pan


Cette histoire est un conte populaire qui est souvent racontée aux enfants par leurs grands-mères. Elle nous a été racontée par un lycéen, Yang Pan, lors d’une visite dans sa classe, dans la ville de Ning Xian.


Le bouvier et la tisserande

Le bouvier était orphelin, et depuis son enfance, il menait une vie pénible avec son frère et sa méchante belle-sœur.
Il vivait de son travail en s’appuyant sur son précieux bœuf.
On disait que ce bœuf était un Immortel venu du Ciel.
Ayant commis un crime, cet Immortel avait été condamné à s’incarner dans le corps d’un bœuf et à travailler péniblement avec un paysan. En remerciement pour ses efforts, le bouvier lui témoignait beaucoup de sympathie. Au cours des ans, ils étaient devenus de fidèles compagnons partageant ensemble joies
et peines.

Le bouvier avait plus de 20 ans et n’avait pas encore pris femme. Il travaillait tous les jours
du matin au soir. Le bœuf-divinité avait donc décidé d’aider son maître à créer une famille heureuse.
Une nuit, le bœuf apparut en rêve au bouvier, et il lui demanda d’aller, le lendemain, le faire boire
à la rivière.

Illustration de Manue Brunet

L’Empereur Céleste avait sept filles intelligentes et habiles. La plus jeune était la plus gentille
et la plus travailleuse. Experte en tissage, on l’appelait la tisserande. Un jour, pour se reposer de leur travail, elle et ses sœurs descendirent sur terre pour se baigner dans une rivière limpide, appelée la Voie Lactée. Ce jour-là, après avoir labouré un lopin de terre, le bouvier mena le bœuf au bord de la rivière pour l’abreuver. C’est alors qu’il vit les sept sœurs se baigner dans la rivière et s’ébattre joyeusement dans l’eau. Il les trouvait toutes très belles, surtout la plus jeune.

Illustration de Manue Brunet

Comprenant l’émoi du jeune homme, le bœuf lui dit à l’oreille :
- Va prendre les habits qui se trouvent près du saule,
et celle que tu aimes deviendra ta femme.

Le bouvier fit deux pas en avant, puis hésita, intimidé.
- Dépêche-toi ! Vous ferez un très beau couple !
Le bouvier, caché dans les roseaux, s’élança finalement et s’empara alors des vêtements que la tisserande avait laissés sur la rive près d un saule et fit demi-tour. Surprises par l’apparition de cet inconnu, les jeunes filles se rhabillèrent en hâte et s’envolèrent dans le ciel. Seule resta dans l’eau la jeune tisserande. Le bouvier lui ayant pris ses habits, elle ne pouvait pas sortir et attendait avec impatience, les joues écarlates.
- Bouvier, rends-moi mes habits ! supplia la tisserande.
- D’accord, si tu acceptes de devenir ma femme ! répondit le jeune homme en la regardant amoureusement.

Malgré l’agacement qu’elle éprouvait face à ce jeune homme insolent, l’air sincère et honnête et le regard sentimental du bouvier lui allèrent droit au cœur. Elle hocha la tête sans mot dire. Dès lors, le bouvier et la tisserande devinrent un couple inséparable et menèrent une vie heureuse. L’homme labourait et la femme tissait.

En apprenant le mariage de la tisserande avec le bouvier, l’empereur de Jade et la déesse,
son épouse, furent tellement fâchés qu’ils ordonnèrent aux gardiens célestes de reprendre la tisserande des que possible. Un an plus tard, le bœuf sentant que sa dernière heure arrivait, demanda au bouvier de garder sa peau qui pourrait lui être utile. Il ne tarda pas a mourir en effet.
Le couple tint sa parole et enleva donc à contre-cœur la peau de l’animal mort et enterra sa carcasse sur un versant de la montagne.

Le temps passa. La tisserande donna naissance a un garçon et  une fille. La colère de l’empereur céleste montait. Un jour, profitant de l’absence du bouvier, les gardiens célestes emportèrent la tisserande pour la ramener au Ciel. Contrainte de se séparer de son mari et de ses enfants, la tisserande pleura de douleur. Revenant a sa maison, le bouvier ne trouva pas sa femme.
Il comprit vite ce qui venait de se passer. Tandis que la tisserande était escortée jusqu’au Palais Céleste, le bouvier mit la peau du bœuf sur ses épaules pour porter, sans douleur, ses enfants dans deux paniers au bout d’une palanche , et il se mit à la poursuite des gardiens. Mais au moment où le bouvier risquait de les rattraper, la femme de l’Empereur Céleste apparut et s’ingéra dans l’affaire.
Elle tira de sa chevelure une épingle d’or et fit un geste vers la Voie Lactée qui, de peu profonde et limpide, devint immédiatement houleuse. Elle brisa ainsi l’avance du bouvier et l’espoir de la tisserande. Des deux côtés de la Voie Lactée, le bouvier et la tisserande se regardèrent de loin,
les larmes aux yeux. Il leur était désormais impossible de se réunir. Très affligé, le bouvier ne voulut plus quitter le bord de la rivière. De l’autre côté, la tisserande regardait les vagues impétueuses les larmes aux yeux et refusait de tisser les brocarts célestes.

Devant leur résistance et leur amour sincère, l’Empereur Céleste dut faire des concessions et leur permit de se retrouver une fois par an. Les pies eurent pour ordre céleste de s’envoler vers le ciel et former un pont enjambant la Voie lactée pour que le bouvier et la tisserande se rencontrent. Depuis, chaque année, le septième jour du septième mois du calendrier lunaire, jour de la première rencontre, les pies célestes forment une passerelle provisoire sur laquelle le bouvier et ses enfants retrouvent la Tisserande.

Aujourd hui encore, si on regarde le ciel,  le soir du septième jour du septième mois du calendrier lunaire, on peut y contempler deux constellations, de chaque côté de la Voie Lactée. Il s’agit du bouvier et de la tisserande. A côté du bouvier scintillent deux petites étoiles, on dit que ce sont leurs enfants qui viennent voir leur mère.